L'épreuve portait cette année sur un ensemble de quatre textes traitant de la mer et empruntés à Hugo, Alain, Valéry et Braudel. Comme l'année précédente, les copies, dans leur ensemble, témoignaient du bon niveau de l'épreuve et du soin apporté par la majorité des candidats à sa préparation. Les remarques qui suivent n'ont donc d'autre objet que de souligner quelques-unes des difficultés propres au sujet de cette année et de rappeler les règles qui ont été les plus souvent enfreintes dans les copies.
La première consigne est celle du respect impératif de la limite de 400 mots. A ce propos, il est rappelé aux candidats qu'ils doivent obligatoirement indiquer sur leur copie le nombre de mots utilisés. Tout oubli sera sanctionné. Qu'il soit permis de rappeler également qu'un exercice de synthèse suppose, par essence, une économie bien entendue dans l'usage des mots. Il convient donc de proscrire au premier chef toutes les formes de redites et de répétitions (il est inadmissible par exemple de trouver 18 occurrences de « mer » dans une copie de 391 mots) il faut aussi éviter les redondances (du type « l'écrivain Victor Hugo » ou encore « la mer, cette vaste étendue liquide ») et se garder des lourdeurs inutiles (abus des démonstratifs, termes répétés en apposition, utilisation plus ou moins systématique de « de par » à la place de « par », de formules explétives du type « à savoir », etc ). Le conseil vaut du reste aussi pour la construction de la synthèse et notamment pour la rédaction de l'introduction et de la conclusion. Il est inutile de faire précéder la présentation du dossier de banalités ou d'évidences du type « la mer à souvent été une source d'inspiration pour les écrivains » ou « son pouvoir de fascination est tel que beaucoup d'écrivains lui ont consacré des pages entières » de même, la conclusion ne saurait se réduire à un abrégé des grandes étapes de la synthèse. Le rappel de ces dernières doit nécessairement y être présenté de manière à compléter la synthèse, par exemple, en intégrant telle idée qui n'a encore pu trouver sa place dans le corps du devoir.
La correction et si possible l'élégance de l'expression sont également des conditions essentielles à la réussite de l'exercice il est donc indispensable de se réserver le temps de relire posément sa copie, afin d'en revoir la ponctuation, indispensable à la compréhension, d'en supprimer les scories et d'en éliminer les négligences. Faut-il rappeler par exemple qu'un « e » suivi de deux consonnes ne peut être accentué, que « quatre » ne saurait s'affubler de la marque du pluriel, que « bateau » ne s'écrit pas comme « gâteau » ou encore que « protéiforme » vient de Protée et non de prothèse ?
Il importe d'autre part de veiller à la pertinence des termes employés et de ne pas confondre par exemple « personnaliser » avec « personnifier », « imagination » avec « imaginaire » ou encore « paradoxe » et « antinomie » outre ces impropriétés, il faut également éviter les formules imprécises ou approximatives qui peuvent confiner au contresens (ainsi le terme de « confusion mentale » ne pouvait-il rendre la « confusion des velléités excitées » dont parle Valéry), ou qui même introduisent indûment dans la synthèse des éléments extérieurs aux textes. Il y va du respect dû aux auteurs. Mais il faut éviter aussi bien l'excès inverse qui consiste, dans l'espoir de mieux « coller » au texte, à transformer la synthèse en une mosaïque de citations. On attend des candidats qu'ils restituent les idées essentielles de chacun des textes sous une forme condensée et non tronquée. Les citations, d'une manière générale, ne se justifient qu'à titre exceptionnel dans une synthèse néanmoins, si l'on juge indispensable de reproduire tel ou tel élément, en raison de son irréductible originalité ou de sa force d'expression, il est impératif de respecter scrupuleusement la lettre du texte, faute de quoi on se condamne inévitablement à trahir l'auteur que l'on cite.
Concernant la conception de l'exercice, il semble qu'il faille une fois de plus rappeler la différence entre amalgame et synthèse. Il ne s'agit pas en effet, comme paraissent le croire trop de candidats, de partir des quatre textes pour en produire un cinquième composé d'impressions plus ou moins vaguement inspirées des extraits proposés il ne s'agit pas davantage de superposer les textes, comme s'ils étaient anonymes et interchangeables, pour n'en retenir qu'un hypothétique dénominateur commun. Ainsi, sauf à trahir la pensée de Fernand Braudel, on ne pouvait affirmer comme vérité générale que « l'homme est inéluctablement attiré par la mer » ou encore que « l'océan est hors du temps ». De même, ce qui apparaissait comme une déduction singulière de Valéry, destinée à révéler un aspect inaperçu de la mer — « la mer ne cesse de montrer le possible » - devenait une manière de non-sens si on l'isolait de son contexte pour présenter l'affirmation comme généralement vérifiée. Il importe donc de prendre en compte l'identité de chacun des auteurs (en évitant notamment de déformer l'orthographe de leur nom) et de se montrer attentif à la singularité de leur point de vue, ainsi qu'à l'éventuelle diversité de leur discours, particulièrement apparente dans les textes choisis cette année. En effet, s'ils étaient relativement proches chronologiquement — il était de ce fait maladroit d'essayer d'en dégager une improbable « évolution » — le discours qu'ils tenaient sur la mer était, lui, assez différent : au regard essentiellement poétique de Hugo ou de Valéry s'opposaient l'approche historique de Fernand Braudel et celle philosophique d'Alain. C'est du reste sur ce plan qu'entrent en jeu les éventuelles connaissances de culture générale qui permettent de replacer un extrait ou un auteur dans son contexte. En revanche, il est superflu de multiplier les formules inutilement pédantes (du type « l'alpha et l'oméga », la « terra incognita » particulièrement malvenue s'agissant de la mer !) et il est déplacé d'introduire en surimpression des références extérieures au dossier, comme l'ont fait plusieurs candidats, certes bien intentionnés, mais peu respectueux de la rigueur de la synthèse, en citant le vers de Baudelaire : « Homme libre, toujours... »
Le sujet de cette année présentait enfin une autre caractéristique, sur laquelle il n'est peut-être pas inutile de revenir : les quatre extraits retenus formaient en effet un ensemble assez long, assez complexe, dans lequel il était particulièrement important de distinguer les idées essentielles des remarques ou des considérations accessoires. Les candidats ont ainsi été en partie jugés sur leur capacité à dégager les grandes lignes et à hiérarchiser les idées contenues dans les textes. Il était par exemple maladroit, compte tenu des limites imparties à l'exercice, de faire un sort à tel exemple invoqué par Hugo pour illustrer la variété des cataclysmes que peut déclencher la mer ou de s'attarder sur l'allusion au Titanic, à la fin du texte de Valéry. Il était important en revanche de remarquer que le point de vue d'Alain se développait à partir d'une réflexion sur le paysan, dont il cherchait à définir les caractéristiques en l'opposant au marin. Il était de même indispensable de distinguer, dans le texte de Valéry, entre ce qui est de l'ordre des « idées » et ce qui est de l'ordre de la « fantaisie » ou de la rêverie. La qualité de l'attention portée aux textes est un critère de jugement et de notation très important et il est essentiel d'accéder à la logique interne de chacun des textes, si on veut en restituer fidèlement le contenu. On ne peut, sans une grave déperdition de sens, se contenter d'une lecture superficielle face à des textes aussi denses que celui de Hugo, dont le sens n'apparaît pas toujours avec évidence à première lecture. Et il va de soi qu'on a plus à gagner à s'interroger sur les difficultés qu'à les éluder. Les candidats sont jugés aussi en fonction des risques qu'ils savent prendre face aux textes.